Singa : accueillir les réfugiés renforce la Société !

Singa : accueillir les réfugiés
renforce la Société !

Compte-rendu de l’intervention
d’Alice Barbe, co-directrice de Singa,
lors du Mercredi Singulier du 21/10/2015.

Aujourd’hui, nous avons eu la chance de recevoir Alice Barbe, co-directrice de Singa, vaste réseau socio-professionnel favorisant l’accueil des réfugiés et la valorisation de leurs projets et compétences. Autour de la grande table nomade des Studios Singuliers, Alice nous a captivé, en racontant le succès fulgurant de l’action de Singa, notamment grâce à “CALM” (“Comme À La Maison”), nouvelle application mettant en relation directe les réfugiés avec toute personne proposant de les héberger chez soi !

Fuir l’horreur et trouver…

Beaucoup d’obstacles, décidément, continuent de se dresser sur le chemin des réfugiés : barrière de la langue, absence de réseau social et professionnel, non reconnaissance des diplômes, absence de logement, méconnaissance des codes socio-culturels… En arrivant, les seuls français que les demandeurs d’asile rencontrent sont les fonctionnaires de la Préfecture. Et comment remplir le formulaire, si l’on ne parle pas le français ? L’obtention du statut de réfugié est un parcours du combattant : logique, puisque le budget de l’État français alloué à l’accueil des réfugiés est 30 fois inférieur à celui dédié à la protection des frontières.

Et oui, l’extrême droite comme ceux qui s’en inspirent jouent sur une peur vieille comme le monde, en faisant passer des familles contraintes de fuir la guerre ou la persécution dans leur pays d’origine, pour de vilains envahisseurs venus piller les ressources nationales. Difficile à croire, à vrai dire, car ils ne représentent que 0,29% de la population française. Malheureusement, dans une bonne partie de l’opinion publique française, le mot “réfugiés” est négativement connoté, sans parler de “migrants”, pour ne pas dire “immigrés”, avec lesquels il est confondu. Pourtant, beaucoup de gens sont sensibles à la détresse des réfugiés et seraient prêts à leur venir en aide.

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Singa, un réseau aux bras ouverts

Face à cette situation, il y a trois ans, Alice, Nathanaël et Guillaume ont décidé d’agir. C’est alors qu’ils ont créé “Singa”, qui signifie “prêter” en Bambara. “Nous ne sommes pas dans le plaidoyer auprès des institutions, ni dans le militantisme. Nous sommes dans l’action et faisons avec ce qui est disponible, en restant toujours optimistes”, nous explique Alice. Souhaitant d’abord se lancer dans du micro-crédit, ils décidèrent plutôt de réorienter leurs opérations vers la sensibilisation du grand public, puis dans le développement d’un réseau d’entrepreneurs et bénévoles citoyens favorisant l’accueil et la valorisation des projets des réfugiés.

Cela paraît évident, mais beaucoup oublient le fait que les réfugiés sont aussi des entrepreneurs, des coworkeurs involontairement nomades. Ils ont des compétences, des savoirs-faire, parfois très recherchés en France. Par conséquent, Singa oeuvre pour leur permettre de créer leurs entreprises et contribuer activement à la Société qui les accueille. Par ailleurs, de fil en aiguille, nos 3 fondateurs se sont demandé comment innover dans l’accueil, en y incluant une dimension numérique. Ils réalisèrent donc une étude d’un an sur les réfugiés et le numérique, pour en conclure que les réfugiés sont très connectés. Dans la foulée, l’équipe de Singa a lancé son hackathon. Résultat ?

Un tsunami de solidarité

Le 20 juin 2015 est née l’application “CALM”, pour “Comme A La Maison”. Il s’agit d’une plate-forme collaborative permettant à toute personne de bonne volonté d’héberger des réfugiés chez soi, sur le modèle du désormais célèbre “Airbnb”. À partir de là, tout est allé très vite ! Le mot circule et Singa se fait contacter par Rue 89, puis le Grand Journal, TF1, M6, etc… Avec leur médiatisation, les propositions de financement se multiplient. Singa est littéralement submergé par une énorme vague, un tsunami de solidarité !

Déjà 12 000 propositions d’hébergement sont faites, aussi bien en région parisienne que dans tout le reste de la France. 15 à 20 bénévoles ont été recrutés pour s’en occuper à plein temps. Le réseau socio-professionnel de Singa rassemble plus de 2 000 personnes, sans faire de distinction entre les réfugiés et les autres. De nombreux ateliers sont proposés aux réfugiés dans tous les domaines, de formation ou de loisirs. Aujourd’hui, Singa est en train de prendre l’ampleur d’un mouvement citoyen international.

11870653_880350025382694_3559709661461162325_nEt ce n’est que le début…

L’objectif initial de sensibiliser l’opinion sur la situation des réfugiés est atteint, même s’il reste encore beaucoup à faire. Mais Singa planche déjà sur de nouvelles solutions. Ils préparent une nouvelle application, qui permettrait de répondre à toutes les questions que peut se poser un réfugié, dans pas moins de 46 langues différentes ! Dans 6 mois, le réseau Singa sera implanté dans 8 grandes villes de France. Et dans les autres, Singa veut former des collectifs partenaires à l’accueil des réfugiés. Dans un avenir proche, Singa aspire à se développer à l’international, tout en laissant une relative indépendance à chaque branche. À terme, le but est d’être présent partout où il y a besoin de sensibiliser l’opinion publique et d’agir pour l’accueil des réfugiés.
Sur quel modèle économique peut reposer un tel développement ? Pour l’instant, il est hybride et a permis d’atteindre un budget de 300 000 euros. Singa est principalement financé par des fondations d’entreprise. Ils vendent aussi des ateliers de team building aux entreprises, dont les collaborateurs brainstorment pour trouver des solutions à des porteurs de projets réfugiés. Des formations à l’interculturalité et à l’accueil, au travail avec les réfugiés, sont également commercialisées. Ces ateliers sont d’ailleurs obligatoires pour les utilisateurs de CALM, accueillants comme réfugiés, avant de valider une offre d’hébergement. Et ils sont bien utiles, notamment pour ceux qui ont le fantasme de sauver des gens, le complexe des super-héros, mais sont en décalage avec la réalité des réfugiés, qui ont bien d’autres préoccupations.

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Alice Barbe, co-directrice de SINGA France

Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous sur Singa.fr

PCK

Pierre Chanel Kilama

fondateur de Textaz.com développe une nouvelle forme d’écriture créative et collaborative : le Co-Writing. Texteur tout terrain, il met sa plume au service des Studios Singuliers et s’évertue à connecter celles des autres. 

 

 

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