Mercredi Singulier : Dans la peau d’un chef d’orchestre !

Dans la peau d’un chef d’orchestre !

par Omar El Jamali, jeune chef d’orchestre

Qu’est-ce qu’un chef d’orchestre ? Quel est le rôle de cet enchanteur euphorique qui gesticule comme un fou dans son costume de pingouin ? Sur un air de Beethoven, voici le thème proposé aujourd’hui par Omar El Jamali, jeune chef prometteur, en ce Mercredi Singulier. Autour de la grande table nomade, coworkers et musiciens ont accouru des quatre coins de Paris pour assister à cette représentation exceptionnelle et comprendre la réalité derrière le mythe. Magique !

Y a t-il vraiment besoin d’un chef ?

Je vous l’accorde, dans un grand orchestre, chaque musicien sait parfaitement ce qu’il a à faire. Les rôles sont méticuleusement répartis. Et de toute évidence, chacun maîtrise à merveille son instrument. Alors, me diront certains, pourquoi aurait-on besoin d’un chef d’orchestre ? Eh bien, pour autant que chacun connaisse sa partition sur le bout des doigts, personne ne connaît celle des autres ! En réalité, lorsque joue un orchestre philharmonique, comptant jusqu’à une centaine de musiciens, quelqu’un doit toujours garantir l’unité de l’ensemble pour éviter la cacophonie. Au coeur de la tempête, certains n’entendent même pas le son de leurs propres instruments. Pour jouer juste ensemble, tout le monde s’en remet donc au chef : avant tout, un excellent musicien s’évertuant à guider les autres.

Comment s’y prend le maestro ?

Les grands orchestres sont composés de plusieurs parties indépendantes, ayant chacune besoin de directives complètement différentes tout au long d’une symphonie. Mais alors, comment une seule personne peut-elle assurer une telle unité d’ensemble ? À dire vrai, “la plupart des chefs d’orchestres ne le savent pas eux-mêmes”, nous confie avec une pointe d’humour Omar El Jamali, diplômé du Berklee College of Music en composition musicale pour des oeuvres cinématographiques, étudiant en direction d’orchestre à l’Ecole Normale de Musique de Paris et à la Schola Cantorum. Heureusement, comme premier point de repère, le chef d’orchestre a lui aussi, sa propre partition, représentant sur plusieurs lignes celles de tous les musiciens du groupe. Partant de là, le maestro peut déployer ses ailes et, de sa baguette, montrer la voie…


Ici le chef d’orchestre Leonard Bernstein dirige l’orchestre uniquement avec les expressions du visage…

La musique dans la peau

Le chef d’orchestre a une relation physique à la musique. Métronome vivant, “equalizer” humain, chacun de ses gestes a un sens, un impact voulu et mesuré sur telle ou telle partie de l’orchestre, de la musique. C’est ce qui fait la beauté de l’exercice. Le visage, la posture, jusqu’à la manière de tenir la baguette : tout compte ! Le DJ philharmonique doit donc se concentrer sur ses propres mouvements, incarner le rythme, suggérer les nuances, inspirer ses troupes. Avec l’expérience, le chef sait dissocier différentes parties de son corps pour s’adresser à différentes composantes de l’orchestre en même temps, tout en continuant de marquer le tempo. Souvent, il y a un temps de latence entre le geste du maestro et le son qu’il représente. Le chef sait donc anticiper les passages clés, gérer l’inattendu. Le secret de son extraordinaire gestuelle ? Comprendre la double influence de la gravité et de la respiration : impressionnant, n’est-ce pas ? Pourtant, par dessus tout, nous explique Omar El Jamali, la véritable clé de sol, l’alpha et l’oméga se trouvent dans la relation humaine que le chef entretient avec ses musiciens.

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Boss vs Leader

“Un chef d’orchestre ne dirige pas des instruments, mais des gens. Il ne manipule pas de produits, mais des émotions”. Pour cela, il y a plusieurs écoles, plusieurs manières de diriger. Les chefs débutants manquent de confiance en eux, nous expose Omar El Jamali, en toute humilité. En effet, cela peut être effrayant de se lever devant une cinquantaine de musiciens. Malgré le stress, le chef doit parfois faire semblant d’être en confiance pour mettre à l’aise les musiciens, jusqu’à le devenir lui-même. “Il ne faut pas chercher à faire le boss, le dictateur, mais plutôt être un leader, être avec l’orchestre, les emmener avec soi“, nous révèle le jeune prodige. Et qui n’a pas fait l’expérience de ces petits chefs plus enclins à vous faire sentir leur pouvoir qu’à vous inspirer l’envie de faire bien ?

DJ philharmonique

Dans ces cas là, contrairement à leurs prédécesseurs, les orchestres d’aujourd’hui peuvent faire vivre un calvaire à qui voudrait les diriger de haut. L’empathie est donc la plus grande vertu d’un chef d’orchestre, qui doit “ressentir et faire ressentir“. Le DJ philharmonique doit emmener avec lui les musiciens comme le poème emporte le coeur des foules. Météorologue à l’écoute des éléments, alchimiste aux confins de la matière, le chef d’orchestre doit faire un avec la terre, le feu, l’eau, le vent, avec inspiration, courage et humilité, jusqu’à révéler le miracle ordonné des quatre saisons. Et pour que sonne juste la musique universelle des émotions, le DJ philharmonique, complètement mis à nu et pourtant toujours debout, doit rester fidèle à son seul et unique instrument : toute son humanité, rien que son humanité.

Pour aller plus loin
– The Tao of Leadership: Lao Tzu’s Tao Te Ching Adapted for a New Age
– Thinking, Fast and Slow de Daniel Kahneman
– Parallels and Paradoxes: Exploration in Music and Society de Daniel Barenboim

 

PCK

Pierre Chanel Kilama

fondateur de Textaz.com développe une nouvelle forme d’écriture créative et collaborative : le Co-Writing. Texteur tout terrain, il met sa plume au service des Studios Singuliers et s’évertue à connecter celles des autres. 

 

 

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