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L’acquisition du langage selon Babylab

Ah… Si j’avais 1 an… Peut-être me porterais-je volontaire pour une étude scientifique sur l’acquisition du langage par mes jeunes semblables ? Ou proposerais-je ma candidature pour devenir le plus jeune coworker de l’Histoire aux Studios Singuliers ? Oui mais voilà : de ce langage, encore faudrait-il déjà avoir acquis les premiers mots ! Comment un tel miracle est-il possible ?

 

Simple comme « mercredi » ?

Rien de plus facile, me direz-vous. Papa et maman prononcent les mots à bébé, tout en désignant, un à un, les objets qui y correspondent, jusqu’à ce que le petit bout d’homo-sapiens fasse le lien entre les deux. Eh bien détrompez-vous ! Assimiler une langue est loin d’être aussi simple.

Premier coup de théâtre de ce Mercredi Singulier. Avec une prudence et un souci de rigueur scientifiques, c’est justement ce que nous a patiemment démontré Anne-Caroline Fiévet, socio-linguiste de formation et ingénieur de recherches au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique.

le mercredi singulier de Babylab

Mais d’abord, qu’est-ce que le langage ?

Nous, êtres humains, parlons tous, en utilisant une forme de langage pour nous représenter le monde et interagir avec les autres. Jetons un œil sous le capot. Le langage humain composé de petites briques, dont l’unité de sens est le mot, ou « morphème ». Le sens de chaque mot est d’ailleurs arbitraire.

Quant au sens d’une phrase, il est calculé en fonction des sens des mots qui la constituent et leur agencement dans la syntaxe. Le langage humain est surtout un « système productif », c’est-à-dire évolutif. Par exemple, chaque année, nous inventons de nouveaux mots, reflétant notre époque, contrairement aux abeilles, qui en seraient incapables.

 

Le cas singulier : les enfants dysphasiques et dyslexiques

Revenons-en à nos moutons… euh… à nos bambins. Certains enfants ont un déficit à la naissance spécifiquement lié au langage. Lorsqu’un tout petit est victime d’un trouble lié à la compréhension et/ou à l’expression, il s’agit de « dysphasie ». Quand le problème concerne plutôt la lecture et l’écriture, on parle de « dyslexie ». Ces deux phénomènes sont innés, d’origine neurologique, voire génétique, quand ils ne résultent pas d’un accident.

Il est très important de souligner le fait que ces troubles n’ont aucun lien avec les facultés intellectuelles d’un enfant. À ce moment de l’intervention d’Anne-Caroline, un autre préjugé tombe aux Studios : l’acquisition du langage n’est donc pas liée à l’intelligence.

 

Innés sous une bonne étoile

L’acquisition du langage serait-elle un mécanisme inné ? En effet, c’est le point de vue de la science. Éminent linguiste du 20ème siècle, Noam Chomsky a dit : « ne peut être inné que ce qui est partagé par toutes les langues du monde ». On pourrait ajouter à cette idée le processus qui permet de les apprendre, de même que d’autres formes de connaissances.

Dans le cas contraire, difficile d’expliquer pourquoi les oies sauvages savent s’orienter sur de longues distances d’après les constellations. Or, c’est en observant le ciel que les bébés oies activent ce savoir. Après-tout, c’est un peu comme ça qu’on est tous arrivés jusqu’aux Studios Singuliers. Le raisonnement d’Anne-Caroline s’affine de fil en aiguille. L’acquisition des connaissances est innée et ses mécanismes sont activés par l’expérience.

 

Comment ont fait les bébés ?

Les travaux de Lila Gleitman dans les années 90 nous apportent de nouveaux éléments : les bébés exploiteraient la syntaxe des phrases, mode de relations entre plusieurs mots, pour en acquérir de nouveaux, surtout les verbes. Elle parle d’ « initialisation syntaxique ».

Un bébé de 2 ans est capable de déduire la « catégorie syntaxique » d’un mot nouveau pour deviner son sens possible. On observe aussi une réaction spécifique dans la partie gauche du cerveau lorsque des phrases syntaxiquement incorrectes lui sont prononcées.

 

Le nouveau-né, centrale de tri sélectif

Comme le remarque judicieusement un coworker des Studios Singuliers : au début, tout est nouveau pour bébé ! Un tri statistique de ce qui est important d’acquérir en priorité s’opère dans son cerveau en fonction de la fréquence avec laquelle un mot est répété à son altesse.

C’est pourquoi des bébés bilingues parlent plus tard, car ils ont deux fois plus de mots et informations à trier et acquérir. La notion de tri vient donc s’ajouter à l’analyse syntaxique, pour expliquer l’acquisition du langage par les petits.

 

Et en plusieurs langues, s’il vous plaît !

Très vite, l’enfant fait la différence entre sa langue maternelle et une autre, quasiment dès la naissance, le tout sur la base de l’intonation. À partir de 6 mois, il distingue les sons qui ne sont pas familiers à son environnement. D’ailleurs, apprend-on mieux quand on est jeune ?

Oui. Et il y a une période critique dans l’apprentissage, si l’on en croit les travaux de Konrad Lorenz dans les années 1970. D’ailleurs, si l’on oublie sa langue maternelle pendant l’adolescence, on peut apprendre parfaitement une 2ème langue, puisque le tri aura fait de la place sur le disque dur cérébral.

 

I.R.L. or nothing !

Dernier point majeur dans l’acquisition du langage, l’interaction physique ! En 2003, Patricia Kuhl a étudié 2 groupes de bébés ayant appris le chinois : l’un par une dame à leurs côtés, l’autre avec la même personne en vidéo sur petit écran. Le constat est sans appel : ceux ayant appris devant la télévision n’ont, en fait, rien retenu. L’interaction physique est donc très importante !

Catherine, coworkeuse des Studios Singuliers, partage cette idée, en nous rappelant qu’une langue n’est pas seulement formée des mots. Dans une langue, il y a tout un mode d’interactions entre les personnes et leur environnement. Cela, on peut difficilement le mesurer. Et c’est pourtant indispensable, aussi bien pour l’acquisition du langage par les enfants que la pratique d’une langue à l’âge adulte.

 

Les recherches du BabyLab

Le Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique et son BabyLab continuent de mener des expériences similaires entre physique et virtuel, avec différents degrés d’interactivité. D’autres études ont montré que l’intonation des cris parfois stridents de nos adorables bambins peut varier en fonction de la langue maternelle.

Pour résumer, l’acquisition du langage s’effectue par des mécanismes innés, activés par l’expérience, avec une grande importance de l’interaction physique avec les autres : un système de tri s’opère dès la naissance, capable de distinguer plusieurs langues et de prioriser les données, de manière totalement indépendante de l’« intelligence » de l’enfant.

Enfin, lorsque plusieurs langues sont parlées à la maison, Anne-Caroline préconise la simplicité. Que chaque parent s’adresse à l’enfant dans sa langue maternelle naturellement pendant toute l’enfance et l’adolescence. À condition de bien l’entretenir, la centrale de tri s’occupe de tout ! Vous voyez ? Acquérir des connaissances, ça peut se faire tous les jours. Ce qui a rendu ce mercredi si singulier, c’est d’en avoir appris un peu plus sur ce mécanisme d’acquisition.

 

À voir également

• Franck Ramus, chercheur spécialiste de la dyslexie, sur France Inter dans la tête au carré : écouter l’émission
• Le livre  « Apprendre à lire, des sciences cognitives à la salle de classe« , sous la direction de Stanislas Dehaene, chez Odile Jacob, sur l’apprentissage de la lecture. En savoir plus

 

PCK

Pierre Chanel Kilama, fondateur de Textaz.com développe une nouvelle forme d’écriture créative et collaborative : le Co-Writing. Texteur tout terrain, il met sa plume au service des Studios Singuliers et s’évertue à connecter celles des autres. 

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