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DVTup, notre lauréat creaRÎF 2016 !

Portrait de Julie Heyde, fondatrice de DVTup
www.dvt-up.com
Julie, qu’est-ce qui t’a amené à créer DVTup ?

DVTUP-NLIl y a 6 ans, j’ai fondé l’agence d’architecture Criss CrossingPar mon activité, je me suis  aperçus du fait que les destinataires de notre métier, les usagers, étaient très rarement intégrés dans la conception des projets. J’ai aussi constaté que de nombreux espaces étaient délaissés, notamment dans les quartiers classés “Politique de la ville”. Depuis 20 à 30 ans, ces bâtiments, leurs habitants et leurs environs y sont laissés à l’abandon. Aujourd’hui, les nouvelles politiques de la ville cherchent à revaloriser ces lieux. Plus globalement, en centre ville, en banlieue, même dans les zones pavillonnaires, il y a énormément d’espaces libres, non construits. Je parle, non pas des friches, mais de tous ces petits bouts, ces renfoncements, ces parterres en bas des immeubles, où l’on trouve souvent des déchets, alors que l’on pourrait en faire des lieux beaucoup plus valorisants et humains. Partant de ce double constat, j’ai décidé d’agir, d’impulser et accompagner de nouvelles dynamiques de création collective intégrant à la fois les preneurs de décisions et les usagers.

Mais d’abord, qu’est-ce que DVTup ?

DVTup, c’est avant tout une méthode agile et collaborative que nous avons mise en place en 2015. Il s’agit d’un outil permettant à différents acteurs locaux de travailler ensemble, des preneurs de décisions aux usagers, sur des projets collectifs. Nous avons construit cette méthode par la pratique, en commençant par l’appliquer dans des projets de revalorisation et la réappropriation des espaces communs délaissés. À petite échelle, il est plus facile de se réunir, de se coordonner, de tisser des liens là où il n’y en a plus. DVTup a donc pour vocation de créer, localement, du lien, de la valeur et parfois même, de l’emploi, si l’espace et son environnement lui permettent de générer son propre modèle économique. Et par la multiplication de ces petites initiatives, la ville pourra mieux se transformer. DVTup, c’est une équipe pluridisciplinaire composée de professionnels aux compétences complémentaires : des architectes, une juriste de l’immobilier, un business développeur, un informaticien, ainsi que des artistes, des designers, des bureaux d’études intervenant de manière plus ponctuelle.

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Peux-tu nous donner un exemple d’application de la méthode DVTup ?

Notre projet pilote se trouve à Aubervilliers, sur un terrain de 11000 m² aux pieds de deux barres, appartenant à un bailleur social. Cet espace non clôturé agit comme un espace public. Malgré la présence de jeux pour enfants, cet espace contient surtout des zones où rien ne se passe. Sur place, nous avons rencontré une chargée de démocratie locale, ainsi que La Semeuse (projet permanent de l’association les Laboratoires d’Aubervilliers), déjà active localement dans le domaine du jardinage. Nous avons donc retenu le thème de l’agriculture urbaine, en plein essor aujourd’hui et en référence au passé d’Aubervilliers qui faisait partie de la plaine des Vertus avant l’industrialisation. Petit à petit, nous avons animé des ateliers et nous sommes concertés avec les habitants, le bailleur, les élus locaux, Plaine Commune et d’autres associations de proximité, pour comprendre l’environnement, le fonctionnement de ce lieu. Par la même occasion, cela nous a permis de façonner notre méthode pour faire en sorte que les acteurs locaux réunis s’approprient vraiment le projet, qu’ils en décident eux-mêmes de l’orientation et que nous ne soyons là que pour les accompagner, leur faciliter la tâche, ou encore émettre un diagnostic de départ. Un premier événement aura lieu le 19 et 20 mars au 104 rue Henri Barbusse avec une Disco Soupe et la mise en place d’une parcelle de potager expérimentale (évènement sur la page facebook de DVTup).

Plus précisément, quelles sont les étapes de la méthode DVTup ?

  • Temps 1 : rendre visible

    DVTup part sur le terrain pour établir un premier diagnostic, révéler ce qui est possible ou non, jauger les forces humaines en présence à la rencontre des acteurs locaux.

  • Temps 2 : déclencher

    DVTup propose un programme d’évènements et d’ateliers en petits groupes, sur des thèmes comme la co-création, l’intelligence collective, pour commencer à faire se rencontrer la communauté des acteurs locaux, les familiariser avec le travail collaboratif et identifier un groupe de personnes prêtes à s’engager dans la revalorisation de l’espace.

  • Temps 3 : activer

    Accompagné par DVTup, le groupe d’action locale effectue un travail d’écriture collective dans le but de définir, par la narration, l’ensemble des actions à réaliser afin de mener à bien le projet. La feuille de route et le planning détaillé en sont extraits.

  • Temps 4 : coacher l’action

    Le groupe d’action locale ayant tous les outils pour être autonome, la réalisation du projet de revalorisation démarre. DVTup reste à disposition et veille quotidiennement, mais de manière plus ponctuelle, au bon déroulement du chantier, en intervenant si besoin.

Au fait, comment as-tu rencontré les Studios Singuliers ?

13046,Logo-Crearif-2016-couleurJe crois que c’est grâce à l’Atelier, le centre de ressources de l’Economie Sociale et Solidaire, où j’ai suivi le programme Entrepreneur du changement et participé à l’édition 2016 du concours CréaRîF Entreprendre, dont DVTup a été le lauréat ! En nous remettant le prix, les Studios Singuliers, membres du jury, nous ont offert notre place dans cet espace de coworking. Ce qui est génial dans le coworking c’est de pouvoir rencontrer énormément de personnes différentes qui sont en train de vivre ou ont déjà vécu ton expérience d’entrepreneur. Il y a de l’échange, du soutien mutuel. C’est ce que j’aime dans cette pratique.

Comment se passe la rencontre entre les différents acteurs locaux, dans un projet de revalorisation d’espace ?

Au départ, personne ne sait qui est quoi, qui fait quoi ! Certaines personnes arrivent avec beaucoup de désillusion, avec la sensation que rien n’est possible. D’autres sont tout de suite très motivés, ayant l’envie de prouver à la mairie que les citoyens sont capables de faire des choses. Les habitants font d’abord connaissance, car eux-mêmes, pour la plupart, n’ont jamais eu l’occasion de se parler. De même, quand les citoyens rencontrent les bailleurs, les élus, les associations, par le dialogue, chacun arrive à mieux comprendre les points de vue et problématiques des autres. En assistant aux évènements et ateliers DVTup, ils parviennent ensuite à identifier le projet qui aurait un impact positif pour tout le monde et à former une vraie équipe opérationnelle. Ces rencontres auront peut-être, plus tard, un impact plus large, en favorisant la compréhension par les citoyens des projets d’urbanisme à plus grande échelle.

Quel est le principal problème de ces espaces communs délaissés ?

L’être humain vit dans l’espace. C’est le lieu de création et de gestion des relations humaines locales. Aujourd’hui, on construit des espaces, certes fonctionnels, parfois très techniques, mais complètement déconnectés de la réalité humaine de leurs usagers. Par exemple, avec l’Atelier d’architecture  Criss Crossing, nous travaillons actuellement sur la sensorialisation d’espaces.. Ce qui est souvent négligé, c’est que dans tout espace, il y a des besoins d’ergonomie : des êtres sensibles y vivent, y travaillent, y passent.

Et aujourd’hui, où en est DVTup ?

Au-delà de ce projet pilote à Aubervilliers, Plaine Commune nous a missionné sur un petit chantier pédagogique dans une des cour  de la cité Allende de Villetaneuse, où des bâtiments ont été détruits, où beaucoup de zones sont clôturées et où les habitants ont peu été inclus dans le processus de transformation. Nous y avons travaillé avec la fondation Jeunesse Feu Vert. Le résultat de ce travail collectif est visible au 6 rue Pablo Neruda à Villetaneuse. Lorsque les travailleurs sociaux et les associations de proximité sont inclus, les choses se passent beaucoup mieux, pour établir un bon contact avec les habitants. Nous continuons de chercher de nouveaux projets et d’affiner notre méthode.

Enfin, comment vois-tu l’avenir de la ville, si DVTup se développe et si les projets locaux de revalorisation des espaces se multiplient ?

La rue ne serait plus qu’une simple voie de circulation. On pourrait y retrouver beaucoup plus de chaleur humaine, d’activités. Aujourd’hui, il y a une telle pauvreté dans le dessin de l’espace public ! On oublie souvent qu’il est possible d’y faire de belles choses. La limite entre espace privé et espace public est une simple ligne sur un plan, qui s’appelle le cadastre. Nous étudions des manières de rendre plus poreuse cette limite figée. Elle est pour moi une notion essentielle à faire évoluer. Avec une méthode et un accompagnement comme ceux de DVTup, les propriétaires fonciers, communautés d’agglomération, villes, bailleurs, promoteurs et entreprises privées pourront se donner les moyens de transformer l’espace public de la meilleure des manières. Par ailleurs, les nouvelles technologies joueront aussi et certainement un grand rôle dans cette transformation urbaine, en espérant qu’elles restent un outil au service de l’humain. Si la revalorisation des espaces se développe un peu partout, ce pourrait être assez magique…

Portrait réalisé par Textaz.com

Photo 1 et 2 © Ivan Mathie

Ne manquez pas le mercredi singulier de DVTup !

Julie Heyde viendra présenter DVTup et répondre à toutes vos questions mercredi 23 mars de 12h30 à 14h.

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  1. Pingback: Revaloriser les espaces avec DVTup | Textaz.pro

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