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Autismes et amis singuliers

action autismes mercredi singulier

par Laurence Rigault,
Présidente et fondatrice d’Action Autismes
(organisme agréé E.S.S.)
www.action-autismes.fr

« J’espère ne pas vous ennuyer. Vous ne vous sentirez peut-être pas concernés… » C’est avec une grande humilité que Laurence Rigault amorce son propos. L’humilité est souvent la vertu de ceux qui, ayant vu et vécu beaucoup de choses, ont forgé leur expertise sur une longue expérience de terrain. Auteure du livre « Autismes, Synchronisation, Interaction, Réciprocité : une pédagogie pragmatique pour tous » paru en 2015, notre intervenante s’apprête à nous transmettre un peu de son précieux savoir, acquis auprès de singuliers parmi les singuliers : les autistes.

Évolutions du concept dans l’Histoire

En 1911, Eugène Bleuler, psychiatre suisse, fonde le terme « autisme » pour distinguer une forme de schizophrénie non psychotique et d’après lui, d’origine biologique, observée lorsqu’une personne écarte ou ignore la réalité. Avant, les autistes étaient malheureusement considérés comme des… Fous. En 1943, Hans Asperger et Léo Kanner font la même découverte chez des enfants, sans que l’un n’ait connaissance des travaux de l’autre : tous deux identifient comme traits communs un déficit de socialisation, de communication, une gestuelle maladroite, ou une forme d’immuabilité dans le comportement.

Mais ce fut Lorna Wing, psychologue, qui aura fait la synthèse théorique de tous les travaux existants pour définir un concept unifié d’autisme en 1982, comme « trouble envahissant du développement » affectant une personne dans trois domaines : une anomalie dans la communication (orale et/ou non-verbale) et les interactions sociales, ainsi que des centres d’intérêt restreints, accompagnés ou non de conduites répétitives. Cette « triade autistique » fait encore référence. D’après Laurence cependant, il serait temps de revisiter cette théorie, qui ne prend en compte que des critères comportementaux.

Laurence Rigault au mercredi Singulier des Studios SInguliers

Laurence Rigault au mercredi Singulier des Studios SInguliers

L’étoffe des génies

Ça, c’était la minute historique ! Maintenant, si je vous dis que beaucoup de grandes découvertes et avancées technologiques majeures ont été réalisées par des autistes, me croirez-vous ? Et si ! De nombreux autistes présentent des capacités intellectuelles hors du commun. Ils peuvent avoir accès à des fonctions du cerveau peu ou jamais utilisées par le commun des mortel. Ce qui les caractérise est donc aussi la marque de ceux et celles qui pensent différemment, qui perçoivent le monde autrement : seuls capables de comprendre ce que la plupart des gens ne pourraient pas. Largement perçu comme une tare, voire une pathologie, l’autisme est moins reconnu pour cet aspect positif. D’ailleurs, les autistes eux-mêmes revendiquent plutôt une particularité, cette différence qui peut aussi être une force, malgré tous les problèmes qui l’accompagnent.

Plus en détail, ces parties labiles qui ont permis à nos ancêtres de se structurer en groupes, de manière très affinée, sont les mêmes parties génétiques propres à la schizophrénie et à l’autisme. L’évolution de notre espèce ne s’est pas faite par la force, mais par l’intelligence, par le développement de nouvelles facultés. Les prédispositions innées des autistes ayant joué un rôle très important dans notre Histoire, on peut en déduire que leur singularité est même inhérente et nécessaire à l’Humanité.

Aux origines de leur originalité

Les causes exactes des différentes formes d’autisme connues sont encore en débat. Pour le moment, aucun laboratoire sérieux n’a montré de corrélation entre les facteurs environnementaux et l’autisme, tout comme l’idée que l’autisme augmente. Ce dernier postulat est plutôt lié au fait que les moyens de diagnostic sont beaucoup plus performants et répandus qu’auparavant. Ce que la science atteste en revanche, c’est que l’autisme est inné et potentiellement transmis par voie génétique, ce qui est aussi le cas pour la schizophrénie.

D’un point de vue biologique, quelques éléments clés permettent de définir ce qui est propre et commun aux autistes, en relation avec des troubles neurologiques et endocriniens :

  1. Ils ne parviennent pas correctement à filtrer leur perception, comme le fait de se concentrer sur un point à l’écoute et pas sur tous les bruits qui nous entourent, ou encore celui de filtrer ses sensations au toucher, pour éviter d’être submergé d’informations et soumis à un fort stress.
  2. Chez eux, la transmission neurologique des informations est ralentie, ce qui favorise les connexions proches et fonctionne moins à distance, la fonction de filtre de la perception s’activant plutôt par des connexions à distance.
  3. Notre cerveau fonctionne tout le temps. Quand on n’est concentré sur rien, un réseau par défaut se met en marche. Pour chaque autiste, ce mode de fonctionnement par défaut est différent. Une recherche récente montre que l’on retrouve ce phénomène chez les tout petits, avant les périodes de la socialisation et du langage.

Accompagnement et pédagogie sont indispensables

Si vous ne faites rien avec un enfant autiste, c’est rare qu’il ou elle se développe correctement et que ses facultés intellectuelles, souvent exceptionnelles, puissent s’exprimer. Dans les familles où les autistes s’en sortent bien, il y a une forte culture pédagogique, parfois transmise de génération en génération. Grâce à une bonne prise en charge par les proches et un accompagnement extérieur, comme « Action Autismes » fondé par Laurence, de plus en plus d’autistes peuvent s’épanouir dans leur vie quotidienne et professionnelle, comme les autres. Dans certains cas en revanche, la personne est tellement affectée qu’une telle chose est impossible.

Pour accompagner les autistes, Laurence Rigault a donc créé une méthode très efficace nommée A.S.I.R., fruit de ses nombreuses années de recherches et de prise en charge des personnes sur le terrain : Autismes, Synchronisation, Interaction, Réciprocité. Cette pédagogie pragmatique s’appuie notamment sur le concept de “pensée concrète”, inventé par des ethnologues pour étudier les aborigènes australiens (chez qui le concret n’est jamais séparé du spirituel) et repris par des psychologues belges pour les autistes dans les années 1990. Tout est contextuel dans la pensée concrète : pour un autiste, aussi. Certains autistes pensent même en trois dimensions. Si on change le moindre objet, la moindre couleur dans l’environnement d’un autiste, cela change tout pour lui et peut provoquer un grand stress.

ASIR : Autismes, Synchronisation, Interaction, Réciprocité

Laurence parle d’autismes au pluriel, parce que chaque cas est singulier. Les comportementalistes l’ont bien compris, raison pour laquelle ils font un travail formidable en prenant chaque personne telle qu’elle est, pour ensuite construire leur approche autour. Pour apprendre à parler à des autistes, Laurence procède en reconstituant toutes les étapes de Piaget jusqu’à l’apparition de la parole, ce qui marche très bien, y compris pour des adultes qui ont besoin de se consolider à l’oral. Laurence utilise également la pédagogie de Maria Montessori, qui l’avait conçue à partir des travaux d’Itard, ayant lui-même travaillé avec un autiste.

Laurence cherche aussi à donner de la lisibilité aux autistes et à leur environnement. Expliquer aux autres le comportement d’un autiste, devant l’autiste même, lui fait plus facilement prendre conscience de son cas, car le fait de devoir expliquer aux autres son comportement comme seul moyen pour eux de le comprendre, met en évidence l’aspect singulier de sa situation. D’autre part, l’acceptation des familles du fait qu’un des leur soit autiste est difficile. C’est là où ça se complique ! L’autisme provoque des systèmes de forclusion dans les familles. L’aspect ludique de la vie s’y perd, sans parler de la vie de couple des parents ou de la vie des autres enfants.

Malheureusement, les gens ont tendance à évoluer à l’envers, avec une forme d’agressivité envers leur proche autiste, lui faisant payer inconsciemment ce qu’il est. Rien n’est donc possible si l’on ne fait pas évoluer les familles. C’est pourquoi Laurence et Action Autismes accompagnent aussi les familles, dans leur centre de prise en charge au cœur de Paris ou même par téléphone. Preuve que leur méthode permet à des autistes d’acquérir le langage, de se socialiser, d’évoluer dans leurs projets et de redonner le sourire à leur entourage. La fermeté bienveillante de Laurence aura porté ses fruits. Si cela peut vous concerner, même indirectement, ou l’une de vos connaissances : rendez-vous sur www.action-autismes.fr.

PCK

Pierre Chanel Kilama, fondateur de Textaz.com développe une nouvelle forme d’écriture créative et collaborative : le Co-Writing. Texteur tout terrain, il met sa plume au service des Studios Singuliers et s’évertue à connecter celles des autres. 

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Comments 2

  1. Bonjour,

    Je suis heureuse d’avoir la chance d’écouter ce mercredi singulier. Très intéressant ce sujet de l’autisme, je ne savais pas que le diagnostic était si réscent. Merci pour la diffusion 🙂

    Bises,

  2. Pingback: Autismes et amis singuliers | TEXTAZ.PRO

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