Anthropocène versus écologies : l’espoir des Communs

Anthropocène versus écologies :
l’espoir des Communs

par Pierre-Chanel Kilama
d’après l’intervention de Victor Petit,
post-doctorant à l’Université de Technologie de Troyes

L’activité humaine sera-t-elle, par ses irréversibles conséquences, le marqueur d’une nouvelle ère géologique ? Encyclopédie vivante sur le sujet, Victor Petit aura trouvé dans notre espace de coworking son milieu naturel pour partager avec nos coworkers de précieux savoirs sur les différentes visions de l’écologie, jusqu’à nous en dire un peu plus sur ce phénomène très en vogue : les Communs.

Léviathan anthropocène

Les scientifiques s’en désolent, en reprenant ce terme introduit par le météorologue Paul Crutzen : “l’anthropocène”, point culminant de la crise écologique actuelle, dont l’accélération n’a d’égale que son aggravation. Selon le magazine Nature, nous avons dépassé 5 des 9 limites écologiques mondiales à ne pas franchir. Certains théoriciens pensent même l’effondrement inévitable et anticipent un mode de vie en conséquence, comme Pablo Servigne et Raphael Stevens, dans leur essai de “collapsologie”*. Comment en sommes-nous arrivés là ? À échelle planétaire, la croissance des déchets est intimement liée à la croissance économique, à son système dominant et à son mode de consommation irrationnel : le capitalisme. En sciences sociales, on parle plutôt de “capitalocène”, pour caractériser cette époque où ¼ de l’Humanité vit en bidonville.

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2 ou 3 écologies ?

Pourra t-on soutenir une telle croissance économique sans impact sur l’environnement ? Face au Léviathan, plusieurs visions de l’écologie s’affrontent : l’école technocratique, globale, high tech et la démocratique, locale, low tech, auxquelles s’ajoute une voie intermédiaire, le middle tech. Cette différence fondamentale distingue l’écologie de l’environnement de l’écologie du milieu, pensée par Papanek ou Manzini. Dans l’écologie de l’environnement, les ingénieurs aspirent à conserver le même monde, le même mode de vie, avec des technologies vertes, lesquelles produisent tout de même des déchets. Mais l’environnement est un concept abstrait, alors que le milieu est toujours relatif. L’écologie du milieu consiste à repenser aussi les usages. L’innovation y est tout autant sociale qu’environnementale. Agir positivement dans le milieu commence donc inévitablement par le fait de changer, déjà, nous-mêmes.

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Le drame des déchets

Et si l’on brûlait les ressources énergétiques qui nous restent ? Nous dépasserions les derniers points de non-retour écologiques ! Or, le problème majeur de l’écologie n’est pas tant celui des ressources que celui des déchets. Les objets durent de moins en moins longtemps et nos déchets, de plus en plus. La notion de déchet est d’ailleurs une invention. La moitié de ce qui est considéré comme tel était utilisé comme ressource auparavant. Le drame des déchets se joue surtout au stade de la production, avant celui de la consommation, ce qui explique l’importance d’une écologie industrielle. Par conséquent, il est impératif de responsabiliser beaucoup plus les entreprises, qui doivent internaliser la problématique environnementale, préconise Victor Petit. Si les consommateurs étaient locataires de la plupart des biens de consommation, comme leur portable, les fabricants seraient propriétaires de leurs déchets et auraient la responsabilité de récupérer, puis recycler les machines usagées.

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Triple R : recycler, réduire, réparer !

Alors que faire sous cette montagne effrayante de déchets ? Agir et plutôt 3 fois qu’une ! Quelle que soit l’écologie dans laquelle vous vous reconnaîtrez, adoptez autant que possible au moins l’un de ces 3 R : recycler, réduire, réparer. L’écologie industrielle, l’économie circulaire, l’approche high tech se traduisent par une action de recyclage des déchets engendrés en fin de cycle. Par anticipation, l’école de la décroissance, du low tech, du slow design, s’attache, quant à elle, à intervenir avant même la conception, par un engagement dans la réduction, tant du point de vue de la mise en circulation des polluants que de celui des modes de consommation. Enfin, la voie agile et complémentaire du middle tech, de l’upcycling, de la Jugaad Innovation, représentée par l’essor des FabLabs et des Repair Cafés, se concrétise par une intégration durable de l’art de réparer et réutiliser au sein de notre quotidien.

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Les Communs, espoir de la grande transition oecologique

Le spectre d’un Marx bien vite enterré et diabolisé se sera t-il finalement réincarné en l’agneau de ces nouveaux pâturages partagés ? Un néo-matérialisme, non moins historique, démystifie aujourd’hui le concept abstrait d’environnement sous un nom porteur de sens et d’espoir : les “Communs”. Sous différentes formes, un peu partout sur la planète, des initiatives déferlent pour la protéger, en appliquant de nouveaux modes de gestion des ressources humaines, économiques et écologiques se caractérisant par l’ouverture et le partage. Qu’est-ce qu’un Commun ? Un Commun est indissociablement une ressource partagée, un collectif, des règles démocratiques et un partage des savoirs. L’esprit des Communs n’est ni la logique des marchés, ni celle de l’État, mais le supplément d’âme de tout ce qui est ouvert au partage, source de valeur éthique et pragmatique, par tous et pour tous. Tel est en tout cas l’esprit qui anime les Studios Singuliers, Commun hors du commun, parmi tant d’autres Tiers-Lieux. En voici donc la preuve : la transition “oecologique” est en marche.


Pour aller plus loin, Victor Petit vous recommande :

La renaissance des communs” David Bollier
Governing the Commons”, Elinor Ostrom
Sauver le monde : vers une économie post-capitaliste avec le peer-to-peer”, Michel Bauwens
A vast machine”, Paul N. Edwards
Comment tout peut s’effondrer”, Pablo Servigne, Raphaël Stevens
Les apprentis sorciers du climat”, Clive Hamilton
L’âge des low tech”, Philippe Bihouix
The Zero Marginal Cost Society”, Jérémy Rifkin
The Transition Handbook”, Rob Hopkins
Guerilla Open Access Manifesto”, Aaron Swartz
Richard Stallman et la révolution du logiciel libre”, Richard Stallman
Free Culture”, Lawrence Lessig
« Les Communs, une brèche politique à l’heure du numérique« , Valérie Peugeot

 

La présentation complète de Victor Petit

 


PCK

Pierre Chanel Kilama

fondateur de Textaz.com développe une nouvelle forme d’écriture créative et collaborative : le Co-Writing. Texteur tout terrain, il met sa plume au service des Studios Singuliers et s’évertue à connecter celles des autres. 

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